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Aristide Cavaillé-Coll

Aristide Cavaillé-Coll

 

Discours en vers prononcé en 1850 en l'honneur d'Aristide Cavaillé-Coll

Biographie

Les Cavaillé comptent plusieurs générations de facteurs d'orgues. Gabriel Cavaillé, originaire de Gaillac (Tarn), avait deux frères : Pierre, et Joseph qui travailla avec le célèbre frère Isnard à Saint-Pierre de Toulouse. Jean-Pierre Cavaillé, fils de Gabriel Cavaillé, est né à Gaillac vers 1740 et fut élevé par oncle Joseph Cavaillé. En 1760, Jean-Pierre Cavaillé fit l'orgue de La Real à Perpignan. En 1762, il passe à Barcelone où il se marie avec Marie-Françoise Coll. Il revient se fixer à Toulouse en 1770 et c'est là que naquit, en 1771, Dominique-Hyacinthe Cavaillé-Coll.

Jean-Pierre Cavaillé construisit l'orgue de Saint-Michel à Castelnaudary, puis celui de Saint-Guilhen-le-Désert. En 1785, il édifia le grand orgue de l'église de Montréal avec son fils aîné Dominique-Hyacinthe Cavaillé-Coll. En 1788, Dominique passa en Espagne

où son père Jean-Pierre vint le rejoindre en 1789. On retrouve Dominique Cavaillé en 1808 à l'église des Cordeliers de Beaucaire où il se maria. Il construisit les orgues de Saint-Vincent de Carcassonne. Il eut deux enfants : Vincent et Aristide qui naquit à Montpellier le 2 février 1811.

En 1823, Dominique construisit l'orgue de Saint-Michel de Gaillac et c'est dans cette ville berceau de leurs ancêtres que Vincent et Aristide firent leur apprentissage. Etablis à Toulouse, le père et ses deux fils furent appelés en 1829 à Lerida pour terminer les travaux interrompus en 1820.

En 1831, Aristide est de retour à Toulouse mais les chantiers sont rares et au mois de septembre 1833, recommandé à diverses personnes, il se rendit à Paris pour connaître les progrès accomplis dans la facture d'orgues. Il a connaissance du concours ouvert pour la construction d'un grand orgue à l'abbaye royale de Saint-Denis. En deux jours de travail ininterrompu, il parvient à concevoir un projet prêt pour être présenté à temps à la commission. Les travaux furent adjugés à MM. Cavaillé-Coll père et fils, mais, depuis cette époque, ce fut Aristide qui dirigea la Maison.

En attendant l'achèvement de la basilique, il construisit l'orgue de Notre-Dame de Lorette. Après celui de Saint-Denis, il construisit à Paris celui de Saint-Roch (1842, 49 jeux,)puis ceux de La Madeleine (1846, 48 jeux), Saint-Vincent de Paul (1852, 48 jeux), de Sainte-Clotilde (1859, 46 jeux), Saint-Sulpice (1863, 100 jeux), de Notre-Dame (1868, 86 jeux), de La Trinité (1868, 46 jeux),du Trocadéro à l'Exposition Universelle de 1878 (64 jeux)... sans oublier les célèbres instruments de Province :
Saint-Omer (1853, 49 jeux), Castelnaudary (1861, reconstruction de l'orgue Jean-Pierre Cavaillé, 38 jeux), Bayeux (1862, 43 jeux), Epernay (1868, 43 jeux), Lyon - Saint-François de Sales (1880, 45 jeux), Orléans - Cathédrale (1880, 54 jeux), Caen - Saint-Etienne (1885, 51 jeux), Toulouse - Saint-Sernin (1889, 57 jeux) ...
ou à l'étranger :
San Sebastian - cathédrale (1863, 44 jeux), Sheffield (1873, 64 jeux), Amsterdam - Palais de l'Industrie (1875, 46 jeux), Bruxelles - Conservatoire ( 1880, 44 jeux) ...

Les principales caractéristiques de la facture Cavaillé-Coll

Cavaillé-Coll va donner aux compositeurs romantiques l'instrument qui leur manquait au début du XIXème siècle. Il le concevra à l'image de l'orchestre symphonique de son époque qui procède par grandes masses sonores qui s'ajoutent ou se retranchent mais toujours en se fondant les unes aux autres.

La tessiture de l'orgue s'étendra de plus en plus vers les graves (16 et 32 pieds), avec une majorité de 8 pieds tandis que des mutations simples de l'époque classique sont abandonnées (tierce, larigot). De l'orgue classique français et de ses passages en Espagne, Cavaillé-Coll a retenu les anches puissantes qu'il dispose en "batteries" (bombarde 16, Trompette 8 et Clairon 4 ) et parfois en chamade, à "l'espagnole" (Saint-Ouen de Rouen et Saint-Sernin de Toulouse). Aux batteries de jeux d'anches, il ajoute des jeux d'anches de détails : hautbois, voix humaine, clarinette, hérités de l'époque classique mais mis au goût du jour.

De l'époque classique, il garde aussi les cornets destinés aussi bien à jouer en soliste qu'à renforcer les anches dans les aigüs.

Les pleins jeux deviennent harmoniques et perdent leur caractéristique de mélange sonore particulier. Ils viennent simplement renforcer la pâte sonore d'harmoniques aigus discrets, ce qui est valable en particulier pour les "carillons" que l'on retrouve fréquemment au positif.

Il a porté à leur apogée les jeux de flûtes harmoniques tout en adaptant aussi ce principe aux jeux d'anches. Les jeux ondulants firent l'objet de ses soins également : voix céleste au récit, unda maris au positif.

Sur le plan technique, Cavaillé-Coll s'est emparé des recherches scientifiques de son temps qu'il a contribué aussi parfois à développer particulièrement dans le domaine de l'acoustique ou des pressions : utilisation de pressions différentes entre claviers mais aussi entre basses et dessus d'un même clavier. Des réservoirs secondaires à plis parallèles, bien calibrés, bien disposés et surtout alimentés par une soufflerie et un réservoir primaire aptes à satisfaire de gros besoins en vent, sont chargés de répartir un vent stable "à tous les étages".

Il utilisera l'invention de Barker pour concevoir des machines d'aide au tirage des notes avec l'intention de rendre ainsi les claviers doux comme ceux d'un piano.

L'utilisation de ces machines lui permettra aussi le développement des combinaisons : octaves graves et/ou aiguës des claviers sur eux-mêmes ou en accouplement.

Il apporta beaucoup de soin à la construction de la boîte expressive du récit (on la retrouvera aussi plus tard à d'autres claviers). Elle doit permettre des effets puissants de dynamique sonore en particulier avec la batterie d'anches de ce plan sonore qui prit de plus en plus d'importance.

Si Cavaillé-Coll a su utiliser toutes les ressources scientifiques et manufacturières de son époque, y compris dans la détermination des tailles des tuyaux, ses instruments ont tous une personnalité adaptée à l'édifice qui les abritent et se révèlent des oeuvres d'art à part entière. Il a su aussi se mettre à l'écoute des compositeurs et des organistes de son temps, répondant à leurs préoccupations, mais apportant aussi ses propositions sans renier d'ailleurs la grande tradition de la facture d'orgues classique dans laquelle il fut élevé.


Aristide Cavaillé-Coll et la Haute-Normandie

Les Orgues Romantiques ou Symphoniques

C'est la période de prédilection pour les orgues de Seine-Maritime. De nombreux instruments nous sont parvenus de la seconde moitié du 19° siècle pratiquement intacts. Les dates de construction couvrent toute cette période et nous pouvons ainsi suivre l'évolution de la facture d'orgue à cette époque. C'est là assurément la grande richesse, peut-être unique en France, de notre département. Le grand facteur Cavaillé-Coll y a construit 28 instruments de 1850 à 1898 dont 11 de 1881 à 1890. Quelques orgues se signalent plus particulièrement par leur implantation ou leur place dans l'oeuvre du facteur :

·         Temple de Bolbec (1852) : 11 jeux, orgue expérimental restauré par Hartmann en 1988.

·         Eglise de Bonsecours (G.O., 1857 et 1879) : 31 jeux, vient d'être classé; restauration envisagée.

·         Elbeuf : 5 des 7 instruments de la ville ont été construits par Cavaillé-Coll et forment un ensemble unique en France par sa densité et sa variété :
1858: Saint-Jean, G.O., 40 jeux
1881: Immaculée-Conception, G.O., 26 jeux
1882: Saint-Etienne, O.C., 8 jeux
1894: Immaculée-Conception, O.C., 7 jeux
1898: Saint-Etienne, G.O., 22 jeux

·         Eglise d'Etretat (G.O.) : installé en 1853, cet instrument comporte des détails de facture très intéressants qui font penser à une construction bien antérieure (jeux d'anches en particulier). En piteux état, il mériterait d'être classé et remis dans son état d'origine.

·         Sainte-Trinité de Fécamp : en 1883, G.O. (35 jeux ) et O.C. (12 jeux).

·         Saint-Ouen de Rouen (G.O., 1890) : 64 jeux. C'est l'un des chefs d'oeuvres de Cavaillé-Coll, célèbre dans le monde entier. Cet orgue très important ne bénéficie d'aucun contrat d'entretien subventionné par l'Etat ou les collectivités territoriales.

Les instruments de Cavaillé-Coll de Seine-Maritime, grâce à l'excellence de leur construction font encore bonne figure mais il conviendrait néanmoins d'envisager un programme d'entretien et de relevage de la plupart d'entre eux pour leur redonner toute leur splendeur et pour participer, pourquoi pas, à de grandes manifestations marquant dans notre région le centenaire de la mort de Cavaillé-Coll (1899).

Merklin, manufacture concurrente de Cavaillé-Coll, construisit à cette même époque 11 instruments, et en particulier le G.O. de la cathédrale de Rouen en 1883 (partie instrumentale détruite pendant la dernière guerre).

Il faut bien sûr souligner le rôle important des facteurs installés à Rouen, héritiers de la grande tradition Cavaillé-Coll. Hubert Krischer et son fils Georges, puis Duputel et Bouillou un peu plus tard, construisirent des orgues de petite ou moyenne importance d'excellente qualité. Signalons quelques-unes de leurs constructions les plus importantes restées pratiquement intactes qui mériteraient d'être protégées par un classement et restaurées :

·         Hubert Krischer : Fécamp, Saint-Etienne, G.O. (1877, 23 jeux) - Rouen, Saint-Hilaire (1879, 13 jeux).

·         Georges Krischer : Rouen, Saint-Vivien, G.O. (1898, 31 jeux), classé - Rouen, Saint-Sever, G.O. (1900, 40 jeux), terminé par Bouillou (son ancien employé).

·         Bouillou : Rouen, Sacré-Coeur (1912, 14 jeux) - Eu, collégiale, O.C. (1902, 12 jeux).

·         Duputel : Doudeville, G.O. (1897, 26 jeux) - Néville (1910, 15 jeux) - Darnétal, Saint-Ouen de Longpaon, G.O. (1913, 22 jeux).

C'est principalement cette tradition symphonique qui s'est poursuivie jusqu'à la dernière guerre avec les successeurs de Cavaillé-Coll (Mutin, Convers) ou les normands Briam et Brasseur (ancien employé de Bouillou), le nombre de constructions se ralentissant nettement au début de notre siècle.

Liste des travaux effectués dans la région:

 

Date:

Travaux:

Ville:

Edifice:

Orgue:

 

1841

Restauration

Eu

Saint Laurent

GO

 

1850...

Construction

Montivilliers

Abbatiale

OC

 

1850...

Construction

Le Havre

N-D de Bonsecours

 

 

1850

Installation

Le Havre

Temple

 

 

1850...

Construction

Rouen

Ursulines

 

 

1850...

Construction

Neufchâtel en Bray

 

OC

 

1852

Travaux

Bolbec

Eglise

 

 

1852

Construction

Bolbec

Temple

 

 

1853

Installation

Etretat

 

GO

 

1857

Construction

Bonsecours

 

GO

 

1858

Construction

Elbeuf

Saint Jean

GO

 

1858

Restauration

Rouen

Saint Patrice

GO

 

1862

Construction

Longueville

 

 

 

1863

Construction

Les Andelys

Notre-Dame

OC

 

1870

Agrandissement

Etretat

 

GO

 

1875

Construction

Dieppe

Saint Jacques

OC

 

1878

Grand Prix de l'Expo. Univers.

Rouen

 

 

 

1879

Agrandissement

Bonsecours

 

GO

 

1881

Construction

Elbeuf

Immaculée Conception

GO

 

1882

Construction

Elbeuf

Saint Etienne

OC

 

1883

Construction

Fécamp

Sainte Trinité

GO

 

1883

Installation

Fécamp

Sainte Trinité

OC

 

1884

Construction

Rouen

Saint Godard

GO

 

1885

Construction

Rouen

Saint Godard

OC

 

1888

Construction

Le Havre

Saint Michel

GO

 

1889

Construction

Rouen

Saint Gervais

 

 

1889

Agrandissement

Bonsecours

 

GO

 

1890

Reconstruction

Rouen

Saint Ouen

GO

 

1890

Construction

Le Tréport

 

GO

 

1891

Construction

Caudebec les Elbeufs

ND de l’Assomption

GO

 

1891

Construction

Les Andelys

Eglise Notre-Dame

GO

1894

Construction

Elbeuf

Immaculée Conception

OC

 

1896

Construction

Rouen

Salon d'Albert Dupré

 

 

1897

Construction

Sassetot le Mauconduit

 

 

 

1898

Construction

Elbeuf

Saint Etienne

GO

 

1900

Travaux

Bolbec

Eglise

 

 

 

 

 

 


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